Dans un jardin, près d'une immense bibliothèque, vivait un oiseau. Celui-ci, vivant tristement sa petite vie solitaire, en était arrivé à penser que, puisque le Dieu qui l'avait crée lui avait donné une âme aussi mélancolique, il ne lui était plus d'aucune utilité de vivre car toute sa vie ne serait que tristesse... Il songea donc à se donner la mort. Mais, lorsque vint enfin le moment qu'il attendait, -une tempête déchirait alors le ciel-, il eut tellement peur qu'il alla vers une mince lueur qui se présentait à lui : Une fenêtre de la bibliothèque était restée ouverte et une petite bougie ne voulait pas non plus rendre l'âme. L'oiseau tint donc compagnie à la bougie. Les heures passaient alors plus pésiblement, lorsqu'alors apparu une bourrasque qui, en s'engouffrant par la fenêtre, fit sursauter l'oiseau et mit du désordre parmi les livres,-sans toutefois réussir à éteindre la petite bougie-. C'est alors que l'oiseau remarqua un livre qui s'était ouvert avec le vent : c'était un recueil de poèmes. Par curiosité, mais aussi pour occuper sa longue nuit, l'oiseau se pencha sur le livre. Le premier poème qu'il lut fut celui de Victor Hugo, "Pluie d'Eté". Il se sentit tellement proche de ce poème qu'il frémit en lisant cette oeuvre. Il se voyait avec d'autres animaux, tourbillonnant de le déluge que décrivait Victor Hugo.Tout comme ces animaux dans leur diversité se soutenaient, l'oiseau apprit le sens de l' "amitié". Il regarda la bougie, et sourit : il était heureux. Puis apparut "le Vent", de Pierre Emmanuel. Cette image du Vent contrebalancée par cette de l'Homme qui pense à tort lui être supérieur lui rappelait son aventure, et il fut entièrement d'accord lorsque le poète déclara :
"Ne souffle pas dans le vent, ce n'est pas toi qui le portes".
La nature était alors devenue, pour le petit lecteur, la gardienne de sa survie, et il fallait donc la respecter. En lisant le poème suivant, "Chambre de la douleur", de René-Guy Cadou, il laissa tomber une larme. En effet, ce poème était emplein d'une mélancolie profonde et l'histoire toucha profondément le petit lecteur. La goutte lacrimale alla donc se loger sur le vers
"Jamais plus les oiseaux n'entreront dans la chambre". Le poème, extrait du recueil "Mot de Passe" de Jean Mambrino le réconforta.
"Si tu pleures, ne cache pas ton visage, mélange le aux étoiles" disait-il. C'est alors que le petit lecteur comprit qu'il devait passer outre sa tristesse. Il se mit alors à écrire un poème.
Si tu lis cette histoire et si tu penses qu'elle est insencée, regarde alors le fond de l'histoire. Vide le contenant pour ne plus voir que le contenu. Que vois-tu ? Que la poésie peut réconforter l'âme la plus triste de la création, qu'elle peut éveiller les sens, donner le goût de revivre. Dans chacun des vers, le lecteur rougira, peurera ; il se rendra alors compte du veritable pouvoir des mots. Si un jour tu es triste, repense à cette histoire et, au lieu de laisser la colère ou la peine de submerger, utilise tes sentiments pour faire une oeuvre dont tu seras fier(e). Elle seule pourra te réconforter.
Si tu veux connaître la suite de l'histoire, l'oiseau écrivit son poème, et la bougie donna ses dernières forces pour aider son ami. Elle s'envola vers les cieux dans une dernière nappe de fumée en même temps que l'oiseau lorsqu'au petit matin, il partit rejoindre un groupe d'oiseaux qui passait par là. Il oublia son petit poème dans un petit coin de la bibliothèque. Un bibliothécaire, rangeant le désordre causé par la tempête remarqua le poème et le trouva magnifique. Il le publia et ce fut un succès. Personne ne retrouva l'illustre écrivain, mais si toi, lecteur, tu ne prends pas ton courage pour lire ou écrire un poème, tu resteras toute ta vie sous la tempête car tu ne l'auras jamais combattue. Peut-être auras-tu plus de talent que l'oiseau, ou même que ceux qui ont fait frémir cet être encore plus que les éclairs qui déchiraient la nuit dans la tempête.